Les droits familiaux et conjugaux représentent une part importante de la facture des retraites : près de 16,2 % des pensions versées en 2024, soit environ 63,6 milliards d’euros selon le COR. Ils se composent notamment des majorations de durée d’assurance, des majorations de pension pour trois enfants ou plus, de l’assurance vieillesse des parents au foyer et surtout des pensions de réversion, qui à elles seules pèsent près de 9,9 % des montants.
Ces mécanismes ont été conçus pour compenser les interruptions ou réductions de carrière liées à la maternité, à l’éducation des enfants ou au veuvage, et pour sécuriser le niveau de vie du conjoint survivant. Le rapport souligne toutefois que ces droits sont financés de façon diffuse, par les ressources générales des régimes, et que leur coût va rester significatif à long terme même si leur poids relatif devrait se tasser.
Femmes, grandes gagnantes… mais pas rattrapées
Les droits familiaux bénéficient d’abord aux femmes : ils représentent en moyenne 12,4 % de leurs pensions de droit direct, contre seulement 3,2 % pour les hommes. Près des trois quarts des masses financières associées à ces dispositifs sont captées par les mères, même si les pères restent majoritaires pour certaines majorations de pension.
En 2020, ces droits réduisent sensiblement l’écart de pension entre hommes et femmes : sans eux, la pension moyenne des femmes ne représenterait qu’environ 57,4 % de celle des hommes ; avec eux, le ratio remonte à 62,8 %. Le COR insiste cependant sur un point clé pour les épargnants : même après prise en compte de ces compléments, les femmes restent durablement pénalisées par des carrières plus courtes, plus hachées et moins rémunérées.
Pensions de réversion : filet de sécurité sous pression
Les pensions de réversion représentent environ 38,7 milliards d’euros en 2024 et bénéficient majoritairement à des femmes, souvent âgées et disposant de petites retraites. Les règles sont toutefois très hétérogènes selon les régimes : taux de réversion compris en général entre 50 % et 60 %, conditions d’âge (souvent 55 ans), critères de ressources pour le privé, exigences d’ancienneté du mariage ou de non‑remariage dans de nombreux régimes publics et spéciaux.
Le COR rappelle que ces paramètres ont des effets très concrets : la condition de ressources dans le régime général peut conduire à refuser une réversion de base tout en laissant ouverte une réversion complémentaire, tandis que le remariage peut, selon le régime, suspendre ou supprimer définitivement le droit.
Le rapport souligne enfin que, à horizon 2070, la part des pensions de réversion dans l’ensemble des retraites reculerait autour de 5,5 %, sous l’effet de carrières féminines plus complètes et d’évolutions des trajectoires familiales.