Les États-Unis viennent de franchir un cap dans l’éducation financière des jeunes générations. Depuis janvier 2025, tous les enfants nés entre 2025 et 2028 bénéficient d’un « compte Trump », alimenté automatiquement par 1 000 dollars du Trésor américain. Une initiative qui s’accompagne d’un coup d’accélérateur privé spectaculaire.
Le milliardaire Michael Dell et son épouse Susan ont annoncé le 2 décembre un don de 6,25 milliards de dollars. Objectif : ajouter 250 dollars sur les comptes de 25 millions d’enfants américains âgés de 10 ans ou moins. Les Dell ciblent les familles résidant dans des zones où le revenu médian ne dépasse pas 150 000 dollars annuels, soit environ 75% des codes postaux du pays.
Un compte d’investissement verrouillé jusqu’à 18 ans
Le dispositif fonctionne comme un IRA (Individual Retirement Account) pour mineurs. Les fonds sont investis en bourse et restent bloqués jusqu’à la majorité. À 18 ans, les bénéficiaires peuvent soit conserver le compte pour leur retraite, soit l’utiliser pour financer leurs études supérieures ou une formation professionnelle.
L’ambition affichée par le secrétaire au Trésor Scott Bessent est claire : « Les comptes Trump enseigneront aux jeunes Américains les vertus de l’épargne long terme et de la gratification différée d’une manière qu’aucun livre ou programme scolaire ne pourrait faire ».
Cette initiative, inscrite dans la loi « One Big Beautiful Bill Act », a provoqué une ruée des sociétés financières désireuses d’administrer ces comptes. Le gouvernement mise sur l’effet d’entraînement : les familles pourront abonder ces comptes au fil des années, transformant le dépôt initial en capital substantiel grâce aux intérêts composés.
La France à la traîne sur l’initiation boursière
Outre-Atlantique, cette stratégie contraste fortement avec les dispositifs européens. En France, le Livret A peut être ouvert dès la naissance, mais aucune dotation publique n’existe. Les parents doivent verser au minimum 10 euros pour l’ouverture, puis alimenter le compte selon leurs moyens.
En résultent des inégalités. Selon une étude récente de l’Ined, 10% des enfants français concentrent 74% de l’épargne enfantine totale. Plus de la moitié des jeunes n’ont aucun produit d’épargne à leur nom. Parmi les ménages les plus modestes, quatre adolescents de 16-17 ans sur dix ne disposent d’aucun compte.
L’éducation financière existe bien dans l’Hexagone via le programme EDUCFI, déployé par le ministère de l’Éducation nationale en partenariat avec la Banque de France. Mais ce dispositif se limite à des notions théoriques : budget, crédit, épargne. Aucune initiation concrète à l’investissement en actions n’est proposée.
Une enquête d’AXA Investment Managers révèle d’ailleurs que les jeunes Français restent très prudents avec leur argent. Seuls 9% des adultes français acceptent de prendre des risques pour obtenir un bon rendement, contre 31% en Asie. Un conservatisme qui se transmet dès l’enfance.
Le modèle américain des « comptes Trump » pose donc une question centrale : faut-il démocratiser l’accès au marché actions dès le plus jeune âge pour réduire les inégalités patrimoniales ? Avec 6,25 milliards de dollars injectés par la seule famille Dell, les États-Unis semblent avoir fait leur choix.