Arnaques financières : comment les détecter et s’en protéger

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Chaque année, des milliers de Français tombent dans les pièges des escrocs en col blanc. Faux placements, arnaques à la romance, recovery scams… Apprendre à reconnaître les tactiques des aigrefins est le meilleur moyen de ne pas devenir une victime.

Par Éléonore Prigent
Publié le 04/09/2025 à 18h44 | mis à jour le 22/09/2025 à 15h21

Arnaques financières : comment les détecter et s’en protéger
(©AdobeStock)

Apprendre à connaître les tactiques des aigrefins, reste le meilleur moyen de s’en prémunir. Passage en revue des méthodes les plus couramment utilisées par les financiers escrocs en col blanc.

« Trop avides », « Trop cupides », « Trop crédules », « C’est de leur faute » … Les réactions face aux mésaventures des naufragés des arnaques aux placements sont souvent sans pitié. La compassion cède la place à une critique acerbe, formulée par ceux qui s’estiment à l’abri. Mais tout comme eux, les victimes pensaient elles aussi que cela ne pouvait pas leur arriver. Elles se trompaient.

Nous sommes tous des cibles potentielles. « Oui, vous aussi ! » alerte Caroline Bontems, cheffe de service à la Direction du contrôle des pratiques commerciales de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Car il n’existe pas de profil type », précise-t-elle. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont touchées : des personnes au RSA, au chômage, des chefs d’entreprise, professions libérales, cadres supérieurs… Et même des gestionnaires de patrimoine ou des contrôleurs de gestion.

« On aurait pu croire que certaines personnes étaient immunisées en raison de leur niveau d’études ou de leur profession. Mais pas du tout, insiste Caroline Bontems. Même ceux qui s’estiment les mieux informés sont aussi susceptibles de tomber dans le piège que les autres ».

D’où l’importance d’apprendre à repérer les techniques en vigueur dans une industrie du crime qui génère des milliards d’euros chaque année sur tous les continents. Car vous n’avez pas affaire à des amateurs. « Ces groupes criminels organisés sont ultra-structurés, confirme Isabelle Aubin, commissaire divisionnaire, cheffe de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Ils fonctionnent sur le modèle des grands groupes : avec leurs employés diplômés (bac +4/5), leurs managers, leurs objectifs de performance, leurs primes de résultat… » À la grosse différence près qu’ici vous n’êtes pas un client, vous êtes le produit.

Leur business model repose sur vos pertes. Chaque euro soutiré alimente leur machine à profit. Voici les principales techniques d’arnaques en 2025.

Arnaque aux fausses plateformes, faux produits…

« Les techniques se sophistiquent de plus en plus. Les outils se perfectionnent », observe France Mayer, directrice des relations avec les épargnants et de leur protection à l’Autorité des marchés financiers à l’AMF. Autrefois grossiers, les sites frauduleux sont aujourd’hui quasi indétectables : interfaces léchées, identités usurpées, tout comme les contrats, les agréments, les conditions générales et un discours professionnel très bien huilé. « Tout est fait pour paraître crédible et vous mettre en confiance, dénonce-t-elle. Mais également pour complexifier vos vérifications !

Les modes opératoires se diversifient également. Certains escrocs se présentent comme des conseillers, vous contactent directement par téléphone et vous proposent d’investir dans des offres en apparence attractives mais qui se révéleront être fictives. Dans un grand nombre de cas, tout part d’une publicité diffusée en ligne ou sur les réseaux sociaux pour un placement très rentable, avec parfois l’usurpation de l’identité d’un établissement existant. »

Le scénario type : « Il est invariablement le même, selon les observations du commandant Mickaël Mandine, enquêteur spécialisé et chef de la section en charge de la lutte contre les escroqueries à l’OCRGDF. Vous cliquez sur la bannière ou le lien sponsorisé, vous êtes invité à remplir un formulaire pour en savoir plus sur un livret à 6%, un bon plan crypto ou un investissement « que votre banquier ne veut pas que vous connaissiez ». Quelques heures plus tard, un « conseiller » vous contacte.

Il est chaleureux, rassurant et a réponse absolument à tout. Vous croyez ouvrir un compte, depuis votre espace client, vous voyez vos gains s’afficher, les cours progresser… Mais tout est faux : la plateforme, les profits affichés… sauf vos pertes, elles bien réelles. Car votre argent n’est jamais investi. Il part directement sur les comptes d’escrocs internationaux. »

Les variantes : « Certains influenceurs jouent les rabatteurs pour des plateformes douteuses, prévient Marie Suderie porte-parole de la DGCCRF. Ils laissent entendre à leur communauté d’abonnés que leur vie luxueuse doit tout à des placements miracles qu’ils leur recommandent via des conseils financiers et des liens d’affiliation (copy-trading, plateformes de trading…). » Méfiance aussi face aux fausses interviews ou vidéos truquées de célébrités et de clones de médias connus dont le seul but vise à vous orienter vers des sites toxiques.

Arnaque à la romance

Aussi appelée arnaque aux sentiments ou pig butchering, cette fraude mêle manipulation affective et escroquerie financière. Si l’histoire rocambolesque de cette retraitée française ayant envoyé plus de 100.000 euros à un « brouteur » se faisant passer pour Brad Pitt a pu prêter certains à sourire, le sujet est en réalité extrêmement grave.

Selon une étude menée par l’université du Texas, au niveau mondial, les pertes liées à ce type de fraudes dépasseraient 75 milliards de dollars (soit environ 69 milliards d’euros) entre janvier 2020 et février 2024. Or, ce business international repose sur une double tragédie : d’un côté des victimes financièrement et psychologiquement ruinées ; de l’autre, des milliers de cybersesclaves, contraints et forcés de participer à ces escroqueries massives, notamment en Asie du Sud-Est.

Le scénario type : Sur un site de rencontres ou un réseau social, un inconnu –souvent avenant, attentionné, séduisant(e)– entre en contact avec vous, détaille Isabelle Aubin, commissaire divisionnaire, cheffe de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).

La relation virtuelle s’installe parfois sur plusieurs semaines voire de longs mois d’échange et gagne en complicité. Une fois en confiance, votre « relation sentimentale » commence à vous parler d’investissements, le plus souvent en cryptos. Vous êtes orienté vers une fausse plateforme qui imite à la perfection un site de trading et vous promet des rendements mirobolants. Vos premiers versements semblent fructueux. Les profits supposés et les relances incessantes de votre flirt vous poussent à verser davantage. Avec pour seul objectif de vous soustraire jusqu’au dernier centime. »

Les variantes : des groupes privés sur WhatsApp ou Telegram qui attirent de prétendus investisseurs et des curieux en quête d’aubaine. Sous couvert de conseils ou d’échanges entre initiés, ils visent uniquement à vous attirer dans leurs filets pour vous aiguiller vers des plateformes véreuses, en vous faisant miroiter des opportunités aussi lucratives qu’illusoires.

Arnaque au carré ou au recouvrement

« On parle d’arnaque au carré ou au recouvrement (ou recovery scam) lorsque des escrocs s’attaquent une seconde fois à une personne déjà victime », décode Marie Suderie porte-parole de la DGCCRF.

Attention : si vous avez été victime, il y a un fort risque que vous soyez ciblé à nouveau. Comment est-ce possible ? C’est très simple, les fichiers des victimes circulent entre réseaux criminels. Et certains se sont spécialisés dans cette branche d’activité ! Résultat, après vous avoir spoliés, ils reviennent à la charge… sous un autre visage.

Le scénario type : un jour, la victime reçoit un appel ou un e-mail d’une personne se faisant passer pour un avocat, une association de victimes, un agent d’une autorité publique (AMF, cybermalveillance.gouv.fr, Interpol, Europol…) ou encore comme un spécialiste de la récupération de fonds. « L’argumentaire est souvent alambiqué, explique un expert en cybersécurité de la plateforme gouvernementale Cybermalveillance.gouv.fr.

Par exemple : vos fonds ont été retrouvés sur une plateforme aux îles Caïmans. L’argent a été gelé. Bonne nouvelle : votre investissement de 50.000 euros s’est transformé en 250.000 euros. Il vous suffit maintenant de régler des « frais de déblocage » ou des « taxes de régularisation » pour récupérer la somme. »

Les variantes : avant même la fin de l’escroquerie quand vous n’êtes parfois pas encore conscient d’être aux mains de margoulins, on peut vous réclamer de l’argent pour débloquer vos économies. Le motif peut être similaire à celui du scénario principal décrit ci-dessus : le paiement d’un impôt, d’une taxe, de frais de dossier, la levée d’un gel administratif… Qu’importe la justification, la finalité est toujours de vous extirper encore un peu plus d’euros, jusqu’à ce que vous réalisiez mais trop tard que tout était faux depuis le début.


Guy Grandgirard est président de l’association de consommateurs ADC France.

Le Revenu : Lorsqu’on tombe entre les griffes d’un escroc, le danger ne se limite pas à la perte de sa mise…

Guy Grandgirard : C’est exact. Le seul fait d’entrer en contact avec un professionnel de l’arnaque vous expose à d’autres préjudices.

Lesquels ? 

Le vol de vos données personnelles. En communiquant à un inconnu vos pièces d’identité, justificatifs de domicile, RIB… vous livrez aux escrocs tout ce dont ils ont besoin pour usurper votre identité. Ces données peuvent être utilisées ou revendues sur le dark web. Avec, le risque que l’on ouvre des comptes ou souscrive des prêts à votre nom ou que l’on détourne vos prestations sociales. C’est alors le début d’un cauchemar administratif pour prouver que vous n’êtes pas à l’origine de ces opérations.

Le piratage des appareils électro-nique représente un autre risque…

Oui. Un simple clic sur un lien piégé, l’installation d’une fausse application ou l’acceptation d’une prise en main à distance suffisent à compromettre vos appareils. En quelques secondes, l’escroc y installe un virus ou un pro-gramme indétectable. Résultat, il voit tout, comme s’il était assis à côté de vous : vos mes-sages, identifiants, mot de passe, codes bancaires. Et il peut vous piller en quelques minutes.


“À force de voir passer des infos sur une possible ponction de l’État sur le Livret A, j’ai voulu sécuriser mon épargne en achetant de l’or. Au moment où j’effectuais des recherches en ligne sur les métaux précieux, j’ai été démarché par téléphone par une per- sonne disant travailler pour la plateforme Bitpanda. Elle me proposait d’acheter de l’or ou d’autres métaux précieux et, eux, s’occupaient de trouver preneurs pour que je revende avec une plus-value. J’ai fait un premier essai avec un louis d’or à 700 euros. En dix jours, j’ai gagné 60 euros, qu’on m’a même proposé de retirer ma mise. Ce que j’ai fait. Tout semblait sérieux. Puis un ‘super-conseiller’ m’a proposé une barre de rhodium de 130 grammes, d’une valeur de 13.600 euros, en me promettant un rendement de 6 % en quelques jours. Et en dix jours, j’ai réalisé un bénéfice de 800 euros. Après on m’a sollicité pour un napoléon or, très rare, affiché à 36.000 euros. J’ai effectué un virement de 20.000 euros, précisant que j’avais atteint ma limite. Depuis silence total. Impos- sible de me connecter à la plateforme. J’ai porté plainte pour escroquerie.”


“Les escrocs exploitent habilement le fantasme d’un savoir réservé à une élite et la défiance envers les banques et les institutions tradition-nelles, dénonce l’expert de Cybermalveillance.gouv.fr. Pour mieux vous séduire, ils flattent votre ego et vous font miroiter l’accès privilégié à des méthodes d’investissement normalement inaccessibles au grand public. Intelligence artificielle infaillible, algorithmes prédictifs, trading haute fréquence : ils manient un jargon volontairement complexe, destiné à impressionner et à brouiller les repères. Mais, au final, sous prétexte de démocratiser ces outils réservés aux professionnels ou à quelques initiés, ils vous entretiennent dans une dangereuse illusion de maîtrise pour mieux vous piéger.”

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