Dans son dernier rapport, le Conseil des prélèvements obligatoires dresse un portrait sévère de l’assurance-vie. Le produit serait devenu une faille de l’équité fiscale, un moyen de contourner les droits de succession, un avantage excessif réservé aux patrimoines élevés.
Le constat mérite d’être entendu, mais la grille de lecture du CPO reste, elle, étonnamment partielle.
Si l’assurance-vie bénéficie d’un régime particulier, ce n’est pas un accident historique. C’est une contrepartie. Les épargnants immobilisent leur capital sur des longs horizons, parfois très longs.
Ils acceptent des rendements modérés, s’exposent aux contraintes prudentielles propres à l’assurance, et fournissent — volontairement ou non — une ressource stable au financement de l’État, des banques, des infrastructures et des entreprises.
Autrement dit : le régime fiscal n’est pas un cadeau, mais le prix d’une utilité systémique.
En réduisant l’assurance-vie à une « distorsion », le CPO occulte ce rôle central. Le produit n’est pas seulement un outil patrimonial.
C’est un pilier macroéconomique, qui alimente les marchés obligataires, amortit les chocs financiers et offre aux ménages un espace de confiance dans un environnement où l’immobilier est taxé lourdement et où les marchés financiers restent imprévisibles.
Oui, certains détournements existent. Mais en ciblant l’assurance-vie comme si elle était le cœur du problème, le rapport donne l’impression d’une vision déséquilibrée : trop fiscale, pas assez économique, et finalement incapable de saisir pourquoi les Français s’y accrochent.
Si l’on veut comprendre la place de l’assurance-vie dans le patrimoine national, encore faut-il regarder ce qu’elle apporte — pas seulement ce qu’elle coûte.