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Les grands entretiens du Revenu

« Pour populariser les placements, il faut moins jargonner »

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Face à l’instabilité politique et fiscale, Corum revendique une approche simple et directe de l’épargne. ETF, SCPI, diversification internationale : Frédéric Puzin défend une finance compréhensible, ancrée dans le réel et tournée vers le long terme.


Par Christian Fontaine
Publié le 15/12/2025 à 09h00
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Frédéric Puzin
Fondateur de Corum L’Épargne

Spécialiste de l’épargne immobilière, Corum L’Épargne va lancer une offre d’ETF. Son fondateur, Frédéric Puzin, explique ce virage. Et affirme que pour rendre plus accessible la finance, l’industrie doit parler le “langage des gens”.

Face à l’instabilité politique, comment réagissent les épargnants ?

Comme toujours en pareille situation, ils mettent plus d’argent de côté, mais pas forcément au bon endroit. Les Français privilégient les placements de taux mal rémunérés, alors qu’il faudrait irriguer l’économie. Sur le plan fiscal, les contribuables sont dans la position du veau qui va se faire tondre. Les gens craignent le côté confiscatoire de l’impôt et placent massivement en assurance vie luxembourgeoise. Sans aucune rationalité.

Quel bilan tirez-vous de 2025 ?

En France, la chienlit domine. Dans le reste du monde, la loi du plus fort s’impose. Nous sommes revenus au Moyen-Âge. Le suzerain gouverne et les vassaux doivent se soumettre. Face à ces bouleversements, Corum s’adapte. Nous allons collecter 1,2 milliard d’euros en 2025, contre 900 millions en 2024. Les SCPI représentent les trois quarts de la collecte et l’assurance-vie le quart restant. Nous sommes le plus gros collecteur sur le marché des SCPI depuis trois ans.

Quelles sont les clés de la réussite de Corum ?

Notre indépendance, le respect du client et notre capacité à innover pour répondre aux problématiques des épargnants. Corum est contrôlé par ses managers. Il n’y a aucun fonds d’investissement au capital. Nous raisonnons à long terme. Quand les opportunités d’investissement se sont taries, il nous est arrivé de freiner la collecte. Une décision difficile, mais possible quand vous contrôlez votre entre-prise. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Nous ne sommes pas des gérants au sens traditionnel du terme. Notre métier ne consiste pas à prélever chaque mois des frais sur l’argent des épargnants. Nous sommes des artisans de l’épargne au service de nos clients. Pour rendre l’épargne immobilière plus accessible, nous avons été les premiers à proposer l’investissement programmé dans des fractions de SCPI. Nous avons également innové en investissant en dehors de la France pour dynamiser les rendements.

Comment rendre l’épargne immobilière encore plus populaire ?

L’industrie de la finance doit considérer que les clients sont intelligents, quelle que soit leur condition sociale. Il faut parler vrai, sans détours, dans leur langage. Et moins jargonner. Communiquer de façon plus simple, plus compréhensible en utilisant les outils de communications de notre temps : vidéo, post, podcast… Nous avons été les premiers à montrer des images des immeubles dans lesquels nos SCPI investissent, à donner leur prix, le nom des locataires.

Faut-il réformer la fiscalité de l’immobilier ?

Ce n’est pas mon sujet. C’est trop facile de regarder sa petite niche et de crier qu’il y a trop d’impôts. En tant qu’électeur, nous sommes tous acteurs de la vie politique. Les épargnants et les chefs d’entreprise n’ont pas d’autre choix que de s’adapter. Nous avons lancé Corum USA, une SCPI soumise à la « flat tax » et non à l’impôt progressif, entre autres, pour offrir une alternative fiscale aux investisseurs qui le souhaitent.

Quels sont les atouts des SCPI par rapport aux foncières cotées ?

Quand j’ai créé Corum les SCPI n’existaient pas. Aujourd’hui, les foncières ont été rayées de la carte. Elles offrent certes une liquidité immédiate, mais votre investissement est axé sur la réalité des marchés financiers. Alors qu’une SCPI est rattachée au monde tangible de l’immobilier : des achats d’immeubles, des locataires, des ventes de biens. Nous sommes dans la concrétude. Quand vous êtes détenteur d’une action, il ne se passe pas grand-chose toute l’année sur votre compte-titres, hors versement du dividende.

Quels sont les critères d’un bon investissement dans l’immobilier ?

Il ne faut pas investir dans la pierre, mais dans le locataire. C’est la condition pour profiter d’un rendement élevé le plus longtemps possible. Deuxième clé du succès : acheter assez bas pour être certain de revendre plus cher le moment venu. Si le secteur de La Défense présente aujourd’hui des opportunités, c’est parce que les prix y ont beaucoup baissé et que le réseau de transport demeure de grande qualité. Nous n’investissons pas à La Défense parce qu’il s’agit du plus grand quartier d’affaires d’Europe. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas l’emplacement qui a de la valeur. La réussite repose aussi sur la capacité à agrandir son terrain de jeu. En 2025, la diversification internationale s’impose comme une évidence. Il est plus facile de trouver un trèfle à quatre feuilles dans un terrain de football que dans une jardinière posée sur son balcon.

Corum peut-il continuer à croître seul ?

L’histoire dure depuis quinze ans. Nous avons totalement autofinancé notre croissance et créé une compagnie d’assurance vie, la seule depuis dix-huit ans. Avec 160.000 clients, 10 milliards d’encours sous gestion, 250 collaborateurs de 22 nationalités, 7 implantations dans des pays européens et une à Singapour, notre modèle a fait ses preuves. Nous allons poursuivre sur notre lancée en continuant à innover.

Son parcours

Fort d’une expérience de plus de vingt ans dans le secteur financier, Frédéric Puzin a créé Corum en 2011, visant à démocratiser l’investissement immobilier à travers des fonds accessibles. Corum a su se distinguer par ses rendements attractifs, pour atteindre 10 milliards d’encours sous gestion à la fin de 2025.

Son actualité

Corum travaille aux lancements de nouveaux produits et services. Et va bientôt proposer des ETF en gestion libre au sein de son contrat d’assurance vie Corum Life. “Les ETF rendent la Bourse accessible”, explique Frédéric Puzin. Corum réfléchit aussi à une offre crypto “pour répondre à la demande du marché”. Dans un esprit d’innovation et de service au client, sa double marque de fabrique.

En aparté avec Frédéric Puzin

Quel a été votre meilleur investissement ?
Corum, dont je suis le principal actionnaire avec 48 % du capital.

Et le plus mauvais ?
Jeune économiste, j’ai investi mon prêt étudiant et ma paie de stage d’été en Bourse dans des produits exotiques. J’ai tout perdu et mis des années à rembourser.

En matière de placements, de quoi vous méfiez-vous ?
Des investissements dont le cours ne repose que sur la confiance comme les cryptos. Je crois en l’économie réelle qui crée de la valeur.

Propos recueillis par Christian Fontaine

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