La guerre du streaming vient de monter d’un cran. Paramount a dégoupillé lundi 8 décembre une offre publique d’achat hostile de 108,4 milliards de dollars pour s’emparer de l’intégralité de Warner Bros. Discovery (WBD), trois jours seulement après l’annonce du mariage entre Netflix et le groupe médias.
L’offensive de David Ellison, patron de Paramount et filiale de Skydance, cible directement les actionnaires avec un prix de 30 dollars par action en cash, contre 26,08 dollars vendredi dernier en clôture.
Cette proposition représente une prime de 139% par rapport au cours de 12,54 dollars du 10 septembre, avant que les rumeurs ne s’emballent. Mathématiquement, Paramount offre 18 milliards de dollars de plus que Netflix, dont le deal valorise la cible à 72 milliards. Mais attention : les deux scénarios ne concernent pas les mêmes actifs.
Une bataille à deux vitesses
Netflix avait remporté la première manche vendredi en proposant environ 28 dollars par action (23,25 dollars en cash + 4,50 dollars en titres) pour acquérir uniquement les studios, HBO Max et les activités de streaming. Le géant californien laissait tomber Global Networks, la branche câble vieillissante (CNN, Discovery Channel, TBS…), qui aurait été scindée et restituée aux actionnaires de WBD.
Paramount, lui, joue la carte du tout-en-un. Son offre englobe l’intégralité de Warner Bros. Discovery, y compris les chaînes câblées. « Les actionnaires de WBD méritent d’examiner notre offre supérieure en cash pour leurs titres dans la société complète », a martelé David Ellison dans un communiqué. Traduction : Netflix vous laisse avec les miettes du câble, nous rachetons tout.
Qui paiera la facture ?
Le financement de cette mégafusion repose sur un montage béton : 54 milliards de dollars de dette souscrits auprès de Bank of America, Citi et Apollo, complétés par des fonds propres garantis par les principaux actionnaires de Paramount. Un pari audacieux dans un contexte de taux encore élevés. Paramount a déjà déposé son dossier antitrust auprès de la Federal Trade Commission et assure être prêt à boucler les autorisations réglementaires rapidement.
Netflix, de son côté, risque de se heurter à un parcours du combattant. Paramount dénonce un « processus d’approbation réglementaire multi-juridictionnel prolongé » en raison des positions déjà dominantes de Netflix sur plusieurs marchés. Autrement dit : la concurrence pourrait tiquer.
L’équation pour les actionnaires
Les investisseurs de Warner Bros. Discovery ont jusqu’au 8 janvier 2026 pour se prononcer. Deux options sur la table :
- Accepter l’offre Paramount : 30 dollars cash par action, sortie immédiate, mais exposition à un groupe fusionné avec une dette colossale.
- Valider le deal Netflix : environ 28 dollars par action (dont une part en titres Netflix), mais conservation d’actions dans Global Networks post-scission.
Le management de WBD a qualifié l’accord Netflix de « slam dunk » tout en critiquant l’offre Paramount, ce qui a poussé Ellison à dénoncer un « biais contre nous ». Reste à voir si les actionnaires suivront la direction… ou l’argent comptant.
Le cours de Warner Bros. Discovery a bondi de 15% lundi, s’établissant à 26,08 dollars, encore en-deçà des 30 dollars promis. Un écart qui traduit le scepticisme du marché sur l’issue finale de cette bataille digne de la série Succession.